Publié 14 septembre 2026 | Modifié le 2026-09-14 17:22:21 | Par Lucile Carmet
Stanislas Laussel était notre jeune invité de la Grande Conférence 2025 sur la thématique « L’alcool est-il has been ? ». Quelques mois plus tard, fraîchement diplômé de Montpellier Business School, il lançait son projet Vignee. Un logiciel de gestion de données qui centralise toutes les data au même endroit et facilite la vie des vignerons.

Stanislas Laussel, fondateur de Vignee © Vinseo
Quel est votre lien avec le monde du vin ?
Il y a 4 ans j’étais étudiant en commerce et faisait un Master en commercialisation des vins à Montpellier Business School. Auparavant étudiant à Toulouse, puis Nîmes, j’ai suivi aussi un double cursus en prépa Math Sup et DUT génie et mécanique.
Ma famille étant issue du milieu agricole, la culture du travail de la terre a toujours fait partie de mes valeurs. J’ai appris les bases du vin aux côtés de mes aînés amateurs de vin. Et à l’école de commerce j’ai découvert qu’il y avait une association d’œnologie. Après une première année de découverte et d’implication, j’ai été élu président la 2e année. Ça a été le déclencheur. J’ai appris encore plus sur le vin, en allant sur le terrain et en organisant des évènements. Grâce à l’association, j’ai rencontré beaucoup de monde issu de tous les métiers du vin.
Comment est née votre idée de créer ce logiciel de gestion spécialement pour les domaines viticoles ?
Comme je suis passionné par le vin, j’ai toujours été intéressé par le quotidien des vignerons, au-delà de l’aspect travail. Je suis toujours curieux de connaître leurs problématiques.
J’ai entendu la même chose un peu partout : la perte de temps administrative. J’ai découvert une profession très coûteuse en temps que ce soit sur le terrain et côté administratif.
En faisant le tour des solutions numériques, j’ai fait le constat qu’il existe des outils surdimensionnés ou sous-dimensionnés par rapport à leurs besoins.
En complément de mes rencontres à l’école, j’ai maximisé les échanges en rencontrant plus de 150 personnes qui travaillent dans la viticulture pour comprendre leurs besoins et créer une solution. On peut dire que c’est une co-création basée sur des requêtes réelles formulées par les vignerons que j’ai rencontrés.
A quelles problématiques répond Vignee ?
Le premier point c’est la centralisation. On a des outils, qui bien qu’ils aient évolué ces dernières années, ont un grand problème de fond. Ils n’échangent pas entre eux. Il existe des solutions spécifiques pour l’opérationnel, le commercial, la comptabilité… Mais elles ne sont pas interconnectées, et donc pas formatées pour recevoir les données des autres. Et lorsqu’on les relie entre elles, on a des risques de pertes de données.
Le deuxième axe, c’est la traçabilité. C’est une perte de temps colossale découpée entre plusieurs logiciels. Il faut souvent faire différents exports.
Enfin le troisième enjeu, c’est la facilité d’utilisation et l’onboarding (la prise en main et son process d’intégration au sein de l’entreprise). Là où en face, les grosses solutions proposent des formations. Ce qui me semble contradictoire avec la promesse de faire gagner du temps.
Je n’ai rien inventé, mais juste écouté en créant un outil moins complexe qui centralise tous les besoins.
Comment réussissez-vous à gagner du temps et connecter les données entre elles ?
En intégrant l’IA dès le départ on perd moins de data.
Vignee est un ERP (pour progiciel de gestion intégré), logiciel métier qui prend en compte tout le parcours : de la plantation de la vigne à l’arrivée du raisin en cave, à la gestion des traitements, des stocks, de la commercialisation, à l’expédition.
On réduit le nombre de logiciels en un seul pour gérer ses équipes terrains, commerciaux, de la règlementation à l’historique de cave jusqu’à la documentation comptable… Tout est interconnecté et mis à jour en temps réel.
Vignee ne s’approprie pas les données et l’IA ne les garde pas en mémoire. Elle entre en jeu simplement pour les analyser. Elle va lire toutes les statistiques des utilisateurs pour faire du tri visuel, pointer un point de vigilance et plus tard faire du prévisionnel.
A quel stade de développement en êtes-vous ?
Vignee a été lancé il y a pile un an à ma sortie d’école. J’ai été incubé pendant une année au centre d’entrepreneuriat 1.618 de Montpellier Business School.
Après une phase de test sur la partie opérationnelle, je lance les tests avec une dizaine de vignerons sur la partie commerciale. Il y aura également un volet œnotouristique pour la gestion des réservations. Les retours de la première phase de test mettent en évidence la pertinence et la facilité d’utilisation de la solution.
Nous prévoyons son lancement au premier semestre 2027. Mon objectif est d’atteindre plus de 1000 clients à 3 ans.
Quels sont vos leviers pour faire grandir Vignee ?
Aujourd’hui, seulement 40 % des vignerons ont une solution numérique, qui se résume pour certains à un simple site internet. Seulement un quart sont équipés d’un logiciel. À l’horizon proche, nous avons la stratégie Écophyto 2030, qui vise à réduire de 50 % l’utilisation et les risques des produits phytosanitaires (pesticides) en France d’ici l’année 2030, par rapport à la moyenne des années 2011-2013. Ce plan, mais aussi les besoins et le déploiement de l’IA tombent au bon moment. Cela va obliger les entreprises à se munir d’un logiciel. Mon rôle est de leur apporter de la simplicité en déclarant une action en appuyant simplement sur un bouton.
En 2025 vous êtes intervenu lors de la Grande Conférence de Vinseo sur la thématique « L’alcool est-il has been ? ». Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Ça a été une expérience très marquante. J’avais 23 ans, et je crois que je suis votre plus jeune invité. C’était très impressionnant. Mais aussi une belle sensation et satisfaction d’entrouvrir des portes. C’était d’ailleurs le premier pas vers le lancement de mon projet, qui a vu le jour quelques mois plus tard, juste après avoir eu mon diplôme. Comme une sorte de propulseur pour la suite.
Depuis j’ai rejoint Vinseo en tant qu’adhérent (il y a 3 mois). Faire partie de ce cluster est important. Cela permet d’échanger avec des professionnels, dont certains sont mes anciens professeurs.
Faire partie de réseaux comme Vinseo ou la Winetech, et d’être accompagnés par des coachs privés du milieu agricole, c’est aussi la preuve que le projet a sa place sur le marché et qu’il est suffisamment intéressant et bien construit.

VIGNEE
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