“Changement climatique” et “transition écologique” : durant une vingtaine de minutes, lors de l’Assemblée Générale de Vinseo, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde a interpellé chaque métier des adhérents du cluster sur leur rôle tout en relevant l’urgence d’agir. “Nous sommes dans une démarche nationale, pour laquelle l’IFV intervient dans son aspect technique sur la filière vitivinicole, explique le Directeur de l’Institut français de la Vigne et du vin (IFV). Nous devons nous organiser au plus vite, en fonction des spécificités des régions, nous adapter à ce changement climatique tout en tenant compte de la transition écologique. Nous sommes tous impactés, tous acteurs ; il faut s’adapter rapidement.

Les explications

Les scénarios d’évolution du climat proposés par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) prévoient d’ici la fin du XXIe siècle une augmentation de la température moyenne pouvant aller de 2 à 5°C selon les hypothèses retenues, avec des variations en fonction des saisons et des régions. Cette augmentation de température va s’accompagner d’un changement du régime des pluies et des besoins en eau des cultures. La variabilité du climat et des événements extrêmes (vagues de chaleurs, pluies intenses…) devrait aussi s’accroître.

Dans son dernier rapport, le GIEC affirme qu’un renforcement des engagements des pays signataires de l’Accord de Paris (COP21) et des transformations radicales dans tous les secteurs de la société et dans le monde entier, pourraient permettre de limiter la hausse du réchauffement planétaire à + 1,5°C. Sans ces efforts, nous atteindrons + 3°C en 2100. D’autre part, même avec une hausse limitée à + 1,5°C, des impacts sur tous les secteurs socio-économiques et sur tous les écosystèmes terrestres et marins sont attendus.

C’est ainsi que l’IFV, avec ses partenaires, s’est mobilisé dès 2003 avec le lancement du programme “Climat” qui a permis d’apporter, à l’issue de projets régionaux, nationaux ou européens, des réponses concernant l’adaptation mais aussi l’atténuation, du matériel végétal à la caractérisation des vins (caractérisation des parcelles et des sols, matériel végétal, pratiques viticoles et œnologiques, éco- conception des caves et des emballages, mesure de l’impact environnemental des pratiques). Plus récemment, en 2018, l’IFV s’est engagé auprès de l’INRA dans le programme “LACCAVE2.21”. La filière dispose aujourd’hui d’actions et solutions à court et moyen terme, pour s’adapter mais aussi pour limiter les effets de la filière sur le changement climatique. L’IFV et ses partenaires poursuivent leurs recherches dans différentes pistes et voies d’action à plus long terme.

Jean-Pierre Van Ruyskensvelde.

Comment s’adapter au changement climatique ?

D’abord, il faut mieux connaître son terroir. Le changement climatique va redéfinir les combinaisons sols, cépages et climat. La connaissance des aspects sols et climat des terroirs, à l’échelle des parcelles, permet de piloter les choix techniques des exploitations (matériel végétal, orientation des rangs, mode de conduite…).

  • Tous les sols viticoles ne réagiront pas de la même manière au changement climatique, un travail de caractérisation de la résistance et la résilience des différents sols au changement climatique, avec la recherche d’indicateurs pertinents, semble nécessaire.
  • Le lien avec les pratiques de gestion des sols (apport de matière organique, fertilisants, opérations culturales…) est à intégrer dans cette approche pour définir les combinaisons sols- pratiques les plus pertinentes. L’appui sur la modélisation du système sol – vigne – pratiques culturales – climat est nécessaire pour analyser les conséquences à moyen terme des évolutions prévues du climat sur les sols viticoles et explorer des systèmes innovants, dynamiques et analyser leur performance.
  • Des essais de comportement des nouveaux cépages et porte-greffe adaptés au changement climatique dans différents types de sol seront nécessaires pour définir les zones (terroirs) les mieux adaptées à ces nouveaux systèmes.
  • Caractérisation des sols : la cellule Terroirs Viticoles de l’IFV (en Val de Loire) dispose des compétences et outils nécessaires.
  • Caractérisation du climat : les équipes de R&D réunies au sein du projet européen ADVICLIM réalisent une caractérisation à échelle fine (parcelle) du climat (observé et futur) pour un pilotage raisonné des méthodes d’adaptation au changement climatique.

Il faut ensuite sélectionner le matériel végétal : Porte-greffes, variétés (sélection clonale, cépages étrangers, cépages oubliés, création variétale pour mieux résister aux maladies…).

 

Puis adapter les pratiques culturales.

  • Irrigation. Les travaux menés par l’IFV au début des années 2000 sur l’irrigation ont montré que la qualité des raisins n’est pas modifiée par cette pratique qui permet de compenser le stress hydrique et d’optimiser la maturité.
  • Fert’irrigation. Combiner irrigation et fertilisation pour un pilotage de précision des apports à la vigne.
  • Stratégies sèches et gestion de la canopée. Lorsque l’accès à l’eau n’est pas possible, les stratégies culturales doivent permettre de limiter la contrainte hydrique sans passer par l’irrigation.
  • Gestion des sols. Il faut aller vers des itinéraires techniques permettant de combiner deux enjeux sociétaux majeurs : on l’aura compris, la transition écologique et le changement climatique.

Lors de son intervention, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde a évoqué les choix techniques de gestion du sol, dans l’inter-rang et sur le rang, parcelle par parcelle (âge de la vigne, type de sol, coût de production…). Il faut une diversité de combinaisons de solutions avec les enjeux de :

  • L’impact sur le rendement les premières années pour les vignes déjà en place.
  • L’équipement avec des matériels de travail du sol ou de tonte (coût, disponibilité du matériel…). Cela représente un volume global d’investissement très important.
  • La mobilisation de la ressource humaine supplémentaire (tractoriste) et d’un tracteur adapté.

Il faut ensuite repenser la parcelle dans sa structure pour s‘adapter tout en gardant le potentiel des terroirs ; et dans son environnement.

Pour s’adapter au changement climatique, il faut aussi suivre la maturité pour définir la date de sa récolte. Autrement dit, prendre en compte la maturité phénolique et la maturité technologique. Ainsi qu’adapter l’itinéraire de la vinification : “Développer les méthodes de caractérisation des moûts et de pilotage des fermentations (sélection de micro-organismes adaptés, désucrage des moûts, désalcoolisation des vins…), pour un profil de vin adapté aux marches”, explique Mr Van Ruyskensvelde.

Il faut prévenir des risques climatiques : gel et grêle.

  • Face aux températures parfois très basses, les dispositifs de protection contre le gel ne permettent pas toujours de sauver la récolte. Les gelées peuvent la détruire en totalité et perturber la taille de l’année suivante. Plusieurs techniques de lutte indirecte sont envisagées (parcelles hors zones gélives, drainage, écoulement facilité de l’air froid…). L’IFV est impliqué dans un projet européen sur le changement climatique sur un zonage très localisé. Plusieurs pistes pourraient être approfondies comme l’état des lieux dans les autres pays confrontés au gel de printemps, l’étude technique, économique et environnementale des dispositifs de protection contre les accidents climatiques, l’évaluation de la fréquence et de l‘impact de ces accidents à l’échelle locale.

Il faut aussi développer des outils de pérennisation économique des exploitations :

  • Volumes Complémentaires Individuels
  • Assurance récolte

Accompagner des vignerons et des entreprises :

  • Ingénierie, conseil, formation, approche technico-économique, adéquation aux marchés.
  • Travail en réseau (partage des données au plan local pour accélérer l’appropriation de l’innovation par le plus grand nombre).

Il faut contribuer à l’atténuation du changement climatique :

  • Bilan carbone et analyse du cycle de vie : réduction des gaz à effet de serre (conditionnement, emballage, logistique de distribution, engins au vignoble…).
  • Contribution à l’augmentation du carbone dans les sols (matière organique dans les sols, couvert végétal pour séquestrer le carbone).
  • Ecoconception des chais, économie de l’eau…

Il faut enfin savoir communiquer auprès du consommateur : “Etre en capacité, ajoute le directeur de l’IFV, d’expliquer au consommateur l’évolution significative pour l’adaptation des modes de production, et les innovations mises en œuvre“.

On le voit, et ce fut la conclusion de Jean-Pierre Van Ruyskensvelde lors de sa prise de paroles à l’AG de Vinseo (téléchargeable sur ce lien), changement climatique et transition écologique provoquent “une mutation profonde des pratiques”. Il y a un besoin fort d’innovations, susceptibles d’être appropriées rapidement par le plus grand nombre des acteurs. Et ce contexte engage “une adaptation de l’offre de service des entreprises qui accompagnent la filière”.

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