Publié le 12 mai 2026 | Par Lucile CARMET

Entre raréfaction des offres et nouvelles exigences des candidats, le marché de l’emploi viticole connaît en ce printemps 2026 un véritable tournant. Alors que les aides à l’alternance se réduisent et que les « profils couteaux-suisses » deviennent la clé de la résilience, comment recruter efficacement ? Morgane Prost, déléguée régionale de l’APECITA, nous livre son analyse stratégique.

 

Le bureau montpelliérain de l’Apecita : à droite, Virginie Saubert, conseillère RH, à gauche, Morgane Prost, déléguée régionale.

Morgane Prost, parlez-nous d’Apecita. Concrètement, quelles sont vos missions ?

Nous allons au-delà d’un simple jobboard qui diffuse des annonces d’emploi. Nous sommes d’ailleurs en lien avec toute la filière de recrutement spécialisée, comme Vitijob. Mais nous avons aussi une dimension d’accompagnement.

Un employeur qui souhaite diffuser une offre sera toujours contacté pour améliorer son annonce, qu’elle soit un emploi, un stage ou une alternance. Et si cela est nécessaire, nous pouvons intervenir sur toutes les phases du recrutement : recherche de candidats, sélection, entretiens d’embauche. Car certains employeurs n’ont ni le temps, ni les connaissances. Sur la partie « recherche de candidat », Apecita peut compter sur du sourcing à l’échelle nationale. Une personne est dédiée à cet appui de l’accompagnement de proximité.

 

Comment l’association est-elle structurée ?

L’Apecita a fêté ses 70 ans en 2024. L’association a été créé à la demande des représentants des filières agricoles. C’est l’équivalent de l’APEC, avec le même mode de financement. Elle est dédiée aux cadres, techniciens et agents de maîtrise des secteurs agricoles, agroalimentaires, viticoles et environnement. Les seuls emplois dont on ne s’occupe pas sont les emplois saisonniers et ouvriers.

On s’intéresse aux emplois d’une exploitation agricole mais aussi à tout ce qui est périphérique et nécessaire à l’activité : commerce, marketing, administratif. Ainsi qu’aux institutions et entreprises qui gravitent autour de la filière comme les centres de formation, les entreprises d’agro-équipements, les instituts et laboratoires.

L’Apecita est un réseau national qui compte 19 bureaux dans toute la France et une cinquantaine de salariés. En Occitanie, nous sommes une petite équipe de deux personnes basées au bureau de Montpellier et une autre équipe de 3 personnes sur l’antenne de Toulouse. On est très polyvalent, avec une connaissance fine des besoins et une vision large des problématiques.

L’intérêt est de pouvoir conseiller aussi bien localement grâce à nos réseaux de proximité mais aussi nationalement avec nos relais partout en France en fonction de la région d’emploi recherchée.

De gauche à droite : Thierry Combet délégué régional, Amélie Castelnovo et Anne Bonely, conseillères RH.

 

Dans ce contexte économique très tendu, quel est votre analyse du marché de l’emploi dans le secteur viticole ?

Globalement, depuis l’été 2025, il y a un retournement du marché avec moins d’offres et plus de candidats. Et encore plus dans la filière vin, où le nombre d’offre a encore un peu plus baissé. Nous connaissons les raisons : déconsommation, difficultés à l’export, changement climatique, instabilité politique.

Nous voyons aussi des profils qu’on n’avait pas avant. Des régisseurs, responsables d’exploitation, directeurs de caves coopératives. Auparavant, le réseau faisait le job et permettait de le trouver sans problème. C’est un signe que ça se tend à tous les niveaux.

Ça se complique aussi pour les élèves des écoles d’agronomie. Avant, le taux d’insertion sur le marché du travail était de plus de 80 % six mois après la sortie de l’école. On mettait une offre et c’était facile de recruter. Depuis le Covid, c’est beaucoup plus compliqué. Quand on met une offre d’emploi, on voit le nombre de candidatures reçues augmenter par rapport à l’année dernière.

Quels sont les profils de candidats les plus recherchés ?

Dans la gestion de l’eau, les nouvelles technologies, l’agriculture biologique. Parmi les BTSA viti-oeno, la moitié des élèves d’une promotion se destine à la reprise d’une exploitation familiale. On manque d’élèves pour répondre à des demandes côté production en vigne et à la cave. Par rapport à la taille de nos exploitations en Occitanie, on recherche des profils couteaux-suisses qui savent un peu tout faire.

Les exigences des candidats ont elles aussi changé ?

L’équilibre vie pro / perso entre clairement dans la balance. On n’est plus corvéable à merci. Là où le Covid a changé quelque chose c’est que ce sont des exigences qui touchent tout le monde. Plus seulement les jeunes mais toutes les générations. Elles sont devenues des attentes essentielles sur le sens au travail.

Vous avez aussi un rôle d’insertion professionnelle via les différents établissements scolaires ?

Effectivement nous réalisons régulièrement des interventions en milieu scolaire, des lycées agricoles aux écoles d’ingénieurs. Dans le secteur viticole, par exemple à l’Institut agro de Montpellier, ou dans tous les BTSA viti-œno. Notre force est d’avoir cette vision 360 du marché de l’emploi. Nous participons aussi aux salons de l’emploi généralistes comme les salons TAF portés par la Région Occitanie, Studyrama, ou les salons professionnels comme Sitevi.

 

 

 

L’association Apecita intervient régulièrement dans les établissements scolaires spécialisés.

L’alternance a-t-elle toujours le vent en poupe ?

C’est à la fois génial et très formateur pour les étudiants dans la mesure où ils ont des missions à la hauteur de leur formation. Ça doit être vu comme un investissement à long terme et non comme de la main d’œuvre à bas coût. Mais on voit bien la tendance s’inverser au fur et à mesure que les aides déclinent. Aujourd’hui, les étudiants ont du mal à trouver une alternance. Et ça ne va pas en s’arrangeant depuis que les aides ont encore baissé l’an dernier et en 2026.
Chaque année, en avril, on fait une grande campagne autour de l’alternance. Ça fait deux ans qu’on a moins d’offres.

 

Côté candidats, comment pouvez-vous les aider dans leur recherche d’emploi ?

Toutes les personnes qui s’inscrivent sur notre plateforme sont contactées. On peut recevoir les candidats s’ils ont besoin d’aide pour leurs recherches, mais aussi réfléchir à leur orientation, reformuler leur CV.

Nous sommes certifiés Qualiopi pour le bilan de compétences.
Notre force, c’est la connaissance des métiers et du secteur, avec un accompagnement vraiment spécifique contrairement à des opérateurs toutes filières confondues.

 

Pourquoi avoir rejoint Vinseo début 2026 ?

Je suivais Vinseo côté événementiel. Notre bureau est basé à Montpellier. J’apprécie ce que le réseau fait en termes de veille sur le côté technique et l’activité de la filière. Permettre de nous faire connaître localement est très important.

 

APECITA Occitanie
Bureau de Montpellier
Maison des Agriculteurs – B – Mas de Saporta
CS 70025 – 34 875 LATTES Cedew
04 67 06 23 22
mprost@apecita.com
apecita.com

 

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