Publié le 13 mars 2026 | Par Lucile CARMET
Label solidaire autour du développement durable et de la RSE dans le monde du vin, Vignerons Engagés multiplie les actions pour aider la filière vin à sortir de la crise et devenir plus vertueuse. Son équipe vient de lancer une gamme de vins collective nommée « ENGAGÉS » qui entend rétablir le juste prix pour rémunérer les producteurs. Rencontre avec sa directrice, Iris Borrut.

Iris Borrut, directrice de Vignerons Engagés
Iris Borrut, vous avez lancé à Wine Paris une nouvelle gamme de vins, « ENGAGÉS ». Dans quel but ?
Rarement la filière vin n’aura affronté autant de chocs simultanés : crise de consommation, plans d’arrachage, aléas climatiques, hausse des coûts de production. Les producteurs se retrouvent pris en étau entre survie économique, transition agroécologique et attentes sociétales toujours plus fortes. Dans ce contexte nous souhaitons aider la filière et apporter plus de visibilité aux consommateurs quant au juste prix pour rémunérer les pratiques durables des exploitations.
On parle souvent du désamour du vin chez les jeunes. Votre étude montre une tout autre analyse. Dites-nous en plus ?
L’étude OpinionWay réalisée en 2025 pour Vignerons Engagés montre que les jeunes n’ont pas tourné le dos au vin : ils le consomment moins souvent, mais avec plus d’exigence. 56 % des consommateurs déclarent que le fait qu’un vin réponde aux enjeux du développement durable est un critère important dans leur choix, et cette proportion grimpe à près de 7 jeunes sur 10 chez les 25-34 ans.
Lorsqu’on leur demande s’ils seraient prêts à payer davantage pour un vin engagé, la réponse est tout aussi nette : 63 % des Français se disent prêts à payer 10 % de plus pour un vin durable, et ils sont 71 % parmi les 18-34 ans.
Les valeurs que vous portez sont aussi les valeurs des consommateurs d’aujourd’hui. C’est également ce que démontre ce sondage…
Du côté des valeurs associées au vin durable, les Français citent en priorité : la juste rémunération des producteurs (41 %), la protection de la biodiversité (41 %), le soutien au tissu économique local (36 %) et le bien-être des travailleurs de la vigne (35 %), à condition de comprendre clairement ce que finance le prix.

© Agence des Coteaux
Pourtant, ce n’est pas ce qu’on retrouve majoritairement en grande distribution…
Dans le même temps, les données de la grande distribution montrent que ce sont les vins à très bas prix qui reculent le plus : les cuvées en dessous de 3 € ont perdu environ 20 % de leurs volumes en GMS, quand l’ensemble des vins tranquilles recule d’environ 4 %. En creux, le sujet n’est donc pas seulement le niveau de prix, mais la valeur perçue et expliquée derrière l’étiquette.
C’est pourquoi sur chaque étiquette des vins « ENGAGÉS » vous précisez à quoi sert réellement chaque euro. Comment ce prix de la bouteille est-il fixé ?
Le pourcentage du chiffre d’affaires qui rémunère le producteur varie en fonction des appellations et des modes de production.
Chaque entreprise doit indiquer sur la contre-étiquette un indicateur chiffré simple qui reflète une partie de sa démarche RSE : pour une cave coopérative, c’est le % du chiffre d’affaires reversé aux vigneron·ne·s (calculé selon la méthode : rémunération des apports + primes / chiffre d’affaires total de la cave) ; pour un domaine, c’est le % de fournisseurs implantés à moins de 200 km du domaine.
Cet indicateur n’est pas une règle de prix unique, mais plutôt un repère chiffré qui montre à quoi sert une partie du prix payé par le consommateur. Nous ne cherchons pas à imposer un “coût de production” unique qui serait artificiel ou impossible à définir d’un terroir à l’autre.
Pourquoi le pourcentage qui rémunère le producteur varie-t-il d’une bouteille à l’autre ?
Le label Vignerons Engagés ne fixe pas un seul pourcentage standard pour tous les vins parce que chaque entreprise a un modèle économique différent (cave coopérative ou domaine), des coûts de production propres, des marchés différents et des modes de culture variés. Certains modes de production demandent des investissements plus lourds ou des rendements plus bas, certaines appellations sont plus ou moins valorisées par le consommateur. Selon les millésimes, la taille de la récolte va aussi affecter le pourcentage.
Le collectif ne fixe donc pas de prix de vente strict pour les vins « Engagés » — nous imposons par contre la transparence sur un indicateur chiffré, adapté à chaque entreprise, qui montre combien de valeur réelle est redistribuée vers le producteur ou l’économie locale. Ce pourcentage varie parce que chaque vignoble, appellation et mode de production a ses propres réalités économiques.
Qui sont les vignerons engagés de cette nouvelle gamme ? Sur les étiquettes on peut lire des noms de caves coopératives ou domaines de différents vignobles français. Combien sont-ils et comment les avez-vous sélectionnés ?
Il s’agit d’une trentaine de domaines et coopératives volontaires, qui ont fait le choix de participer à ce projet avec un ou plusieurs vins :
- Alsace : Domaines Schlumberger, Bestheim, Cave de Beblenheim,
- Beaujolais : Agamy,
- Bordelais : Vignobles Rousseau, Dulong Calvet, Caves de Rauzan,
- Bourgogne : Cave de Viré, Cave d’Azé, Cave de Lugny, Vignerons de Buxy,
- Languedoc : Vignerons créateurs , Mont Tauch, Piémont Causses & Cévennes – Castelbarry, Vignerons de Tavel et Lirac,
- Loire : Dumnacus Vignerons,
- Provence : Château des Demoiselles,
- Vallée du Rhône : Domaine Isle Saint Pierre, Cave de Tain, Vignerons du Mont Ventoux, Rhonéa.
Les critères de sélection sont les suivants :
– être labellisé Vignerons Engagés,
– répondre aux pré-requis d’écoconception, composé d’a minima 3 items : bouteille allégée vs standard du marché (ou consignable), sans capsule (moins de déchets, plus de sens), étiquettes en papier recyclé,
– avoir calculé l’indicateur économique : % du chiffre d’affaires reversé aux vigneron.ne.s (coopératives) ou % de fournisseurs situés à moins de 200 km (domaines)
La gamme collective est composée de combien de cuvées ? Quels ont été vos critères pour l’élaborer ?
A date la gamme est composée d’une quarantaine de vins choisis par nos vigneron.ne.s. Certains vins sont en agriculture biologique. Tous sont issus d’entreprises labellisées Vignerons Engagés et respectent les pré-requis ci-dessus.
Côté distributeurs, comment leur faire jouer le jeu ? Dans combien de points de distribution peut-on déjà trouver les vins « ENGAGÉS » ?
Ce n’est que le début de l’aventure, la gamme a été lancée sur Wine Paris et présentée à cette occasion aux distributeurs. On a d’ores et déjà un excellent accueil des médias avec de très belles (et inattendues !) retombées médiatiques (deux JT sur M6 et France 2) ainsi que des articles à la fois dans tous les titres de la presse professionnelle mais également grand public (Figaro Vins). Rien d’acté encore donc on ne peut s’avancer à donner des noms mais nous avons d’ores et déjà plusieurs discussions en cours avec des distributeurs (grande distribution, cavistes, export) intéressés ! En termes de quantités, ce n’est qu’un début et cela dépendra des retours des distributeurs mais à date 120 000 bouteilles sont prévues d’après les premiers retours de nos adhérents.
Quels sont les engagements du vigneron pour faire partie de Vignerons Engagés et de cette gamme ?
Il est important de dissocier l’association et le label Vignerons Engagés.
Pour faire partie de l’association, cela passe par une demande d’adhésion à l’un des collèges (producteurs, négociants, distributeurs, partenaires).
Pour être labellisé Vignerons Engagés, il est nécessaire d’être évalué par l’organisation tiers indépendante AFNOR sur la base du cahier des charges Vignerons Engagés, basé sur la norme internationale pour la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) ISO 26 000. Il couvre les 3 piliers de la RSE (environnemental, social, économique) et ce de la vigne au verre. Parmi les actions mises en place par les caves et domaines labellisés :
- Environnement & agroécologie : réduction des intrants, développement de la biodiversité, réduction du travail du sol, gestion raisonnée de l’eau et de l’énergie, baisse de l’empreinte carbone, expérimentation de cépages et de pratiques plus résilientes face au changement climatique.
- Social & conditions de travail : organisation des vendanges et des travaux de vigne pour limiter la pénibilité (horaires adaptés, équipements de protection, prévention des risques), montée en compétences et formation des équipes, attention portée aux saisonniers, promotion de la parité et de la cohésion sociale au sein des structures.
- Économie & territoire : maintien et création d’emplois dans les territoires viticoles, recours à des fournisseurs et prestataires locaux, soutien au patrimoine et au tissu associatif local, développement de projets œnotouristiques, etc.
Comment est né Vignerons engagés et quelles sont vos actions auprès de vos membres ?
L’association et organisation professionnelle Vignerons Engagés est née en 2007, et fêtera ses 20 ans l’an prochain ! Notre démarche repose sur 3 piliers: agir pour l’environnement, soutenir le territoire et le patrimoine local et offrir le juste prix pour le consommateur et le producteur.
Aujourd’hui, près de 6 000 vignerons et salariés ont rejoint le mouvement en accord avec leurs valeurs et leurs priorités d’écologie, de justice sociale et de performance économique. Notre mission est de construire et valoriser ensemble une filière vin plus durable. Pour cela, nous avons deux outils : l’association et le collectif pour faire progresser nos adhérents dans leur démarche RSE (formations, commissions diverses, Rencontres du Vin de Demain, benchmark d’indicateurs et boite à outils RSE, annuaire des membres, etc.) et le label pour communiquer et valoriser leurs actions.
D’autres projets à venir ?
Parmi nos prochains chantiers, nous préparons la version 2.0 du cahier des charges du label pour 2026. Il sera plus clair, plus concis et surtout plus opérationnel, avec des actions et des preuves directement liées au système d’évaluation, ainsi qu’un cahier de ressources pour aider les entreprises à passer à l’action. Une année de transition est prévue pour permettre à chacun de se l’approprier sereinement.
Nous allons aussi renforcer nos engagements au vignoble avec 8 nouveaux indicateurs environnementaux communs à tous nos producteurs, autour de la biodiversité, de la santé des sols, de la gestion des pesticides et de l’irrigation. Pour les accompagner, nous développons des outils – calculateurs, ressources techniques- et un calendrier de déploiement adapté afin d’avancer pas à pas et d’embarquer tous les vignerons.
Depuis quand avez-vous rejoint Vinseo. Qu’est-ce que le réseau vous apporte ?
Nous avons rejoint le réseau Vinseo via une adhésion croisée depuis plusieurs années déjà. Nos deux associations se ressemblent en termes de valeurs, de dynamique, d’agilité et de réactivité face aux évolutions de la filière vin. Nous avons plusieurs adhérents en commun. Ce rapprochement était naturel, et nous apporte une bonne dose d’inspiration sur les outils d’animation, les sujets traités, la veille réglementaire, etc. Nous avons des idées de projets communs, que nous espérons pouvoir mettre en place quand nous aurons un peu (plus) de temps !
Vignerons Engagés
Association Vignerons en Développement Durable
32 rue Pierre Paul Riquet
31000 Toulouse
contact@vignerons-engages.com
www.vignerons-engages.com


















