Publié le 17 juin 2026 | Modifié le 2026-06-30 14:58:30 | Par Louis Bouchet 

La question de l’eau est centrale pour la viticulture. Longtemps considérée comme une culture peu dépendante de l’irrigation, la vigne doit aujourd’hui composer avec une nouvelle réalité climatique : des sécheresses plus fréquentes, des stress hydriques plus précoces et une augmentation de la demande évaporatrice dû à l’élévation des températures.

La conférence « Comment mettre moins d’eau dans son vin ? », organisée par le partenariat entre Vinseo, la Métropole de Montpellier, Aqua-Valley et Agri Sud-Ouest Innovation, a permis de réunir chercheurs, acteurs de la filière et professionnels autour d’un constat partagé : l’enjeu n’est pas seulement d’avoir accès à l’eau, mais de mieux comprendre pour utiliser à bon escient cette précieuse ressource.

Le changement climatique transforme la gestion de l’eau en viticulture

Table ronde Conférence Interstructures

Les travaux menés ces dernières années, notamment dans le cadre du programme Laccave, ont montré que le changement climatique constitue un défi majeur pour les vignobles : évolution de la phénologie, impacts sur la qualité des raisins, diminution des rendements et augmentation des contraintes hydriques.

En Occitanie, l’augmentation des températures est particulièrement marquée. Selon les scénarios climatiques, la viticulture pourra continuer à s’adapter, mais à condition d’engager dès maintenant des transformations profondes dans les pratiques.

Lors de la conférence, Jean-Marc Touzard (INRAE) a rappelé plusieurs principes essentiels :

  • la gestion de l’eau doit être pensée à l’échelle des territoires dont l’essentiel partage de la ressource entre usages ;
  • la préservation de la ressource nécessite une approche collective ;
  • les économies d’eau doivent être recherchées avant d’envisager de nouveaux prélèvements ;
  • l’adaptation passera par une combinaison de solutions : sols, matériel végétal, pratiques culturales et outils d’aide à la décision.

Une nouvelle réalité : la recharge hivernale des sols devient un facteur clé

L’intervention d’Éric Serrano, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), a souligné une évolution importante : ce n’est pas tant la quantité de pluie annuelle qui évolue, mais aussi la capacité des sols à reconstituer leurs réserves en eau pendant l’hiver.

La période 2010-2020 avait encore bénéficié de conditions hivernales relativement favorables. Depuis 2020, la diminution de cette recharge hivernale modifie profondément la situation : les contraintes hydriques apparaissent plus tôt dans le cycle de la vigne, à des périodes où elles peuvent avoir des conséquences importantes sur la croissance du début de saison et in fine sur le potentiel de production.

À cela s’ajoute une augmentation de la demande climatique : avec des températures plus élevées, l’évapotranspiration augmente et les besoins en eau de la plante progressent.

Une vigne a besoin de 450-550 millimètres d’eau sur son cycle de développement. L’irrigation ne doit donc pas être considérée comme un apport systématique, mais comme un complément permettant d’accompagner la plante lorsque cela est nécessaire.

De l’apport d’eau au pilotage du stress hydrique

L’un des grands enseignements de cette journée est clair : l’irrigation de demain (et même dès aujourd’hui !) sera nécessairement une irrigation pilotée.

Pour cela, le viticulteur et son conseiller doivent pouvoir croiser plusieurs informations :

Louis BOUCHET : Ingénieur Agronome – Œnologue, Chef de Projet Clients

  • la connaissance des sols et de leur réserve utile ;
  • les données météorologiques ;
  • l’observation de l’état hydrique de la plante ;
  • la modélisation des besoins en eau.

« Aucun outil ne répond seul à toutes ces questions » rappelle Eric Estenaves de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Les analyses de sol – en commençant pas une fosse pédologique par exemple -, les observations sur la plante et les modèles agronomiques sont complémentaires.

La difficulté consiste à transformer ces données en décisions opérationnelles : quand intervenir ? Quelle quantité apporter ? Sur quelles parcelles prioriser les apports ?

C’est précisément le rôle des outils d’aide à la décision comme Vintel® , qui permettent d’accompagner les viticulteurs dans une gestion fine et prédictive du stress hydrique et des besoins de la vigne.

L’eau : une ressource à optimiser à tous les niveaux

La chambre régionale d’Occitanie a rappelé que 20% des surfaces viticoles de l’ancienne région Languedoc-Roussillon sont à ce jour irriguées.

La réflexion ne concerne pas uniquement cet accès à l’eau même si des disparités territoriales demeurent (proximité au réseau BRL et à l’eau du Rhône par exemple).

Les échanges ont également rappelé l’importance :

  • de l’entretien et de l’efficacité des réseaux d’irrigation ;
  • du choix des équipements ;
  • de la limitation des pertes ;
  • de la recherche de solutions alternatives comme la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), lorsque les conditions techniques et réglementaires le permettent.

L’accès à l’eau représente un poids économique majeur pour les exploitations. La création d’un réseau d’irrigation, l’installation de dispositifs de goutte-à-goutte nécessitent des investissements significatifs (~2500-3000 euros par hectare). Ces investissements doivent donc être accompagnés d’une réflexion sur l’optimisation des apports afin de garantir la meilleure valorisation possible de la ressource.

Construire une viticulture plus résiliente

La gestion de l’eau est aujourd’hui au croisement de plusieurs défis : adaptation au changement climatique, maintien de la compétitivité des exploitations, préservation des ressources naturelles.

La réponse ne viendra pas d’une solution unique, mais d’une approche globale combinant connaissance, innovation et changement de pratiques.

Comment mieux appréhender les besoins de la plante pour apporter la juste quantité, au bon moment et au bon endroit ?

C’est cette approche d’une viticulture plus précise, plus responsable et plus résiliente que les outils numériques d’aide à la décision contribuent aujourd’hui à développer.

Pour aller plus loin :

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