Sérendipité : aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité. C’est ce qui a mené James de Roany à créer une bouteille éco-responsable qui va révolutionner le bilan carbone du vin. La Green Gen Bottle ® (l’un de ses contenants) est conçue à base de lin, une filière française en plein développement.

 

Ancien Secrétaire général des Vins de Provence et Conseiller du commerce extérieur de la France sur les questions viticoles pendant 9 ans, le Franco-britannique James de Roany se lance dans l’industrie verte made in France avec sa start-up Green Gen Technologies (Gen pour Génération), co-fondée à Toulouse avec Séverine Laurent.

James de Roany, qu’est-ce qui vous a mené à imaginer un nouveau modèle de contenant pour le vin ?

Quand j’étais Conseiller du commerce extérieur pour le Gouvernement, j’ai eu à diriger une étude sur l’avenir de la viticulture mondiale à l’horizon 2050. 130 experts étaient réunis pour cette étude. C’est là que j’ai pris conscience du poids carbone du verre dans une bouteille de vin. Ce bilan carbone du verre pourrait devenir un sérieux handicap à l’export avec des clients qui exigeraient plutôt des livraisons en vrac. Cela pourrait être destructeur de valeur.

Le bilan carbone, c’est notre point clé. Celui du verre est catastrophique. Il faut du sable (silice aquatique) qu’il faut aller chercher, transférer dans des hauts fourneaux chauffés à 1450 degrés. Puis il faut envoyer le verre au producteur, qui va le renvoyer avec son vin dans le monde entier via un transporteur.

Se greffe un autre problème : la rupture du sable à l’horizon d’une décennie. La ressource en sable, utilisée à la fois par le bâtiment et pour le verre, va se raréfier.

 

Vous remplacez le verre par des fibres végétales de lin. Expliquez-nous votre découverte ?

Le lin est la fibre naturelle la plus solide au monde. 75 % de la production se fait en France, dans le quart nord-ouest de la France, en Normandie. La France est aussi le premier producteur mondial de chanvre, ce qui peut nous intéresser également.

Qu’est-ce que le lin a de plus que le papier déjà utilisé par des bouteilles écoresponsables ?

Le papier est très énergivore. Il y a à l’intérieur un liner qui est aujourd’hui en plastique pétrosourcé. Nous ciblons le 100 % bio-sourcé et des produits plus haut de gamme. Nous développons deux options : le 100 % biosourcé avec un liner en PLA (bioplastique) avec une bio-résine issue de canne à sucre ou de maïs. Cette version revendique un bilan carbone extrêmement bas, voire neutre ou négatif. Nous avons une autre version, avec un liner rPETt « polytéréphtalate d’éthylène recyclé » à 100 %. Nous développons aujourd’hui cette dernière version qui a prouvé techniquement que le vin se conservait parfaitement.

En termes de bilan carbone, ma bouteille est imbattable. Elle pèse 80 grammes (contre 450 g, en moyenne, pour une bouteille en verre).

 

Quelles sont les prochaines étapes pour lancer votre produit déposé ?

Notre premier contrat en Cognac sera livré au mois de mai. Celui de notre premier producteur de vin en septembre prochain.

Aujourd’hui, le prix de revient de la bouteille est autour de 3 € H.T. D’ici trois ans, nous comptons le diviser par trois pour proposer la Green Gen Bottle ® à 1,20 €. Notre premier atelier va commencer par produire 50 000 bouteilles par an, puis 900 000 à 1 million de bouteilles en 2023.

Nous sommes accélérés par le groupe LVMH et nous lançons une nouvelle levée de fonds cette année pour créer notre usine, qui sera automne en énergie. Cet outil de production produira 100 000 bouteilles par jours en 2024, soit 30 millions de bouteilles par an pour atteindre un prix à 1 €. Deux régions sont en compétition : l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine. Il y a beaucoup de travail manuel. Pour le premier atelier, nous allons embaucher neuf personnes. Nous recherchons des gens impliqués avec l’envie de rester dans l’entreprise car nous allons les former à un savoir-faire. Dans l’usine, nous allons créer notre propre unité de tressage de lin.

Nous avons des centaines de domaines viticoles intéressés dans le monde, dans la lignée des attentes de leurs clients. Nos tous premiers clients seront ceux qui pourront être directement référencés dans des chaînes spécialisées bios grâce à notre bouteille.

 

Qu’est-ce qui vous plaît chez Vinseo ?

« Vinseo, c’est bourré d’énergies. La notion de cluster, de faire connaître son activité et de collaborer ensemble, c’est génial« .

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