Publié le 22 juillet 2026 | Modifié le 2026-07-22 17:52:28 | Par Lucile Carmet

Problème de rendement ? Sol épuisé ? Stress hydrique ? Et si la solution venait… des champignons ? Rencontre avec Camilo Gianinazzi, Directeur Général d’Amoterra, qui cartographie les terroirs grâce à la biodiversité locale pour restaurer les sols en profondeur. Pas d’intrants ni de biostimulants pour cela, mais une technique de réintroduction et d’amplification de champignons mycorhiziens indigènes, prélevés dans leur environnement naturel.

 

Camilo Gianinazzi, Directeur Général d’Amoterra.

Camilo Gianinazzi, vous avez lancé MYCOTERROIR® en 2025. Mais concrètement, c’est quoi cette innovation ?

Contrairement à un intrant et à un produit stimulant, le service MYCOTERROIR® se base sur la caractérisation et l’amplification des communautés locales des champignons mycorhiziens.

Là où d’autres vont amplifier des souches exogènes issues de leur souchothèque, nous, nous introduisons des souches indigènes mycorhiziennes, provenant des sols de leur terroir d’origine et donc parfaitement adaptées pour s’y développer et stimuler le système racinaire.

 

Quel est votre process pour analyser et amplifier les champignons mycorhiziens de terroir ?

Pour régénérer le sol d’une parcelle préalablement diagnostiquée pauvre en champignons mycorhiziens (cf. notre service Diagnostic mycorhizien), on commence par caractériser le vivant du sol du terroir auquel elle appartient. Pour cela, on collecte la biodiversité originelle et riche du terroir aux alentours de la parcelle à régénérer. Puis on extrait les spores de l’ensemble des espèces mycorhiziennes présentes dans le sol du terroir prélevé pour ensuite les amplifier en chambre de cultures de façon naturelle, sans les modifier.

 

Qui prélève et comment réintroduisez-vous du vivant au sol ?

C’est un process qui s’étend sur environ 5 mois. Nous formons le viticulteur afin qu’il fasse lui-même les prélèvements dans le sol.

Suite à l’amplification, les spores de champignons mycorhiziens de terroir sont formulées et appliquées en poudre mouillable, en granulés ou en pralin lors de la plantation. On est d’ailleurs en train de développer une machine pour positionner les spores à grande échelle et au plus près des racines pour une symbiose rapide et efficace. Elle sera mise à disposition de nos clients.

 

3 stades de développement des mycorhizes dans les racines, après intervention : réimplantation de la biodiversité des champignons mycorhiziens à arbuscules (CMA).

 

Les champignons sont les baromètres de la santé du sol. Et c’est dans des conditions de pauvreté et de climat difficile que la plante va faire appel à ces champignons symbiotiques. Ces microorganismes vont permettre de développer une véritable autoroute grâce à un réseau très dense de filaments. On estime 1000 m de filaments pour chaque mètre de racine. Grâce à ce réseau, les champignons mycorhiziens vont pouvoir alimenter les racines en eau et en nutriments même, et surtout, en cas de coup dur pour les plantations.

Au début, cela va redonner de la santé autour de la racine de la plante, puis sur toute la parcelle, ces champignons pouvant s’étendre dans le sol à raison de 1 à 2 m par an.

 

Vous annoncez des économies de 30% sur les engrais et 40% sur l’eau. Mais comment mesurez-vous l’efficacité sur le long terme ?

Cela implique un travail du sol adapté pour entretenir lui-même son nouveau patrimoine mycorhizien. Il faut simplement griffer sans labourer, et bannir certains intrants chimiques. Notre service est adapté à une agriculture raisonnée ou biologique.

Côté viticulture, on estime que pour 1 euro investi dans MYCOTERROIR®, le client gagne 2 euros de revenus additionnels par an.

Là où la fertilisation organique est un investissement à renouveler chaque année, on garantit une durabilité de 5 ans avec un seul passage. MYCOTERROIR® peut baisser l’apport de fertilisation organique jusqu’à 30 %, et faire économiser 30 à 40 % d’eau.

Clairement, les champignons sécurisent la culture, et sur certaines parcelles, vont réussir à maintenir les rendements en période de stress hydrique.

 

Vous proposez cette solution pour d’autres secteurs d’activité. Lesquels ?

Si nous avons beaucoup d’expérience en viticulture, nous travaillons aussi de plus en plus en arboriculture. Ici aussi la pauvreté des sols peut s’expliquer par trop de traitements chimiques et des conditions climatiques de plus en plus difficiles.

Nous intervenons également sur des sols pollués par des métaux lourds, principalement pour le marché de la reforestation.

Un autre secteur très développé est celui des espaces verts. Du côté des paysagistes et des collectivités il y a une réelle prise de conscience. Leurs contraintes sont multiples : dues à un sol pauvre composé de remblais et à des habitations autour qui interdisent certains traitements.

Grâce à MYCOTERROIR®, on a pu constater un accroissement de richesse mycorhizienne des sols jusqu’à x3 encore 5 ans après l’application. C’est énorme en termes d’économies et de résultats.

 

Observation des pratiques de couverts végétaux nécessaires au développement de la vie des sols et de la structure des sols pour la résilience des vignes.

Camilo, vous avez 20 ans d’expérience dans l’agro-innovation. Comment est née Amoterra ?

Cela fait 20 ans que je travaille dans le milieu de l’innovation agricole, à travers des start-ups, de la consolidation de société, toujours dans l’innovation au service d’une agriculture durable, principalement en France et en Italie. Je suis arrivé à la création d’Amoterra en 2025. C’est un spin-off* de la société Mycea né après 7 ans de recherches et développement pour commercialiser MYCOTERROIR®.

Les fondateurs historiques de Mycea sont Sébastien Diette et Dominique Barry Etienne. Amoterra est basée à Saint-Gély-du-Fesc près de Montpellier et emploie 12 personnes aujourd’hui réparties en 5 secteurs : R & D, expérimentation, production, commercial, diagnostic / labo.

L’amplification demande beaucoup de main d’œuvre car on déplace de nombreux pots de plantes hôtes en chambre de culture. Nous sommes en levée de fond pour l’industrialiser, et réduire ces tâches manuelles très physiques.

Nous pensons recruter prochainement pour développer les parties commerciales et production.

 

Où êtes-vous le plus intervenus et quelles sont les perspectives côté marché ?

 Chez Amoterra, on a démontré la signature mycorhizienne de plus de 80 terroirs. Ce qui prouve que ça marche, c’est aussi que nous avons été approchés par des compagnies d’assurance. Il y a un grand engouement et une sensibilité qui augmente due aux aléas et pertes consécutives. La prise de conscience sur le vivant dans les sols est de plus en plus prégnante.

En France, les normes ont tendances à ralentir certaines innovations, qui ont pu être développées plus rapidement en Espagne, en Italie et en Suisse.
Malgré tout, la commercialisation se fait principalement en France. Nous avons déjà travaillé sur les terroirs des AOP Faugères, Madiran, Côtes de Tongue, Vergèze ou encore Rivesaltes.

Ça se développe aussi beaucoup en Espagne. Nous nous dirigeons vers d’autres marchés européens et viticoles qui ont les mêmes problématiques de réchauffement climatique et d’appauvrissement des sols : Italie, Slovénie, Grèce.

 

Vous avez rejoint Vinseo en 2026. Qu’attendez-vous de ce réseau ?

C’est un réseau important pour des petites entreprises comme nous. D’autant plus un réseau viticole. Car historiquement notre cœur de métier c’est la viticulture. Même si nous avons pris des variantes, le concept de terroir part de là. C’est l’idée de terroir et de local, de plantes plus résilientes et autonomes pour permettre de réintroduire sa propre biodiversité, grâce à notre référentiel mycorhizien des terroirs.

J’espère permettre des échanges avec toute la filière et des acteurs qui ont une certaine sensibilité à l’innovation.

* création d’une nouvelle entreprise dans le cadre d’une nouvelle branche d’activité d’une société existante

 

Amoterra
761 rue des Vautes
34980 Saint-Gély-du-Fesc
Tél. 04 99 13 75 51
www.amoterra.eu

 

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